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Dans ce qu'il reste de Recouvrance, on entend ces paroles de Pierre Mac Orlan avec la musique de Marceau Verschueren...

Voici le texte tiré du livre de l'auteur "Chansons pour accordéon" qui a été édité en Folio. Cette version présente quelques différences avec celles souvent chantées sur les ports, il m'a paru intéressant de copier ici la version tirée de ce livre.

A l'aub’ sur le quai Gueydon, devant l' « Pitit Pont » chantait la chanson,
Le branl’-bas de la croisière, et dans la blanche baleinière
Jean Gouin notre brigadier, son bonnet cap’lé un peu de côté
Me rappelle mon bâtiment, c’était le bon temps, celui de mes vingt ans
Le bidel capitain’ d'armes, et son cahier d'punis
Dans la Cayenn’ f'sait du charme, pour je n'sais quell’ souris
Mais j'ai dans l’cœur un’ souffrance, quand l’Quartier-maître clairon
Sonnait en haut d'Recouvrance, aux fill’s de Lanninon

La plus bell’ de Lanninon, Fanny Kercrozon, m'offrit un pompon
Un pompon de fantaisie, c'était ell’ ma bonne amie
Ell’ fréquentait un bistro rempli de mat'lots devant le dépôt
Quand je songe à mes plaisirs, j'aim’ mieux m'étourdir que de me souv’nir
Ah ! Fanny de Recouvrance, j'aimais tes yeux malins
Quand ton gest’ plein d'élégance, balançait les marsouins
Je n'étais pas d'la maistrance, mais j’avais l'atout en mains
Et tu v'nais m’voir le dimanche, sur le « Duguay-Trouin »

A c't'heur’ je suis retraité ; aux Ponts et Chaussé’s Maître timonier
Je fais le servic’ des phares, et j'écoute la fanfare
De la mer en son tourment, d'Molène à Ouessant, quand souffle le vent
L’tonnerr’ de Brest est tombé, pas du bon côté, tout s'est écroulé
Dans c'qui rest’ de Recouvrance, n’log'rait pas un « sacco »
Et Fanny, ma connaissance est mort’ en son bistro
J’ai plus rien en survivance, et quand je bois un coup d’trop
Je sais que ma dernièr’ chance s’ra d’faire un trou dans l’eau