21 juin 2008
A l'encre...
Un texte superbe de Yann Le Rousic que je vous fait partager en vous encourageant à découvrir sa poésie sur un de ses blogs Cargo. Vous y trouverez aussi les infos sur son prochain passage à Combourg.
A noter dans ce texte les références au chant de marins, aux écrivains des ports, à l'aventurier le plus célèbre de la BD, bref un régal de souvenirs et d'ambiance qui naît à la lecture...
je marche,
je marche sur les quais de Brest la désolée
le Port de commerce luis des larmes d’un crachin pathétique
les pavés se rêvent vainement des mots de Mac Orlan
sombre Cargo cassé, trépassé,
quelle bombe est passée là ?
sous les gravats de quel porche est ensevelie Barbara ?
c’était quand déjà ?
et dans quel trou dans l’eau a sombré Fanny ?
c’était où déjà ?
bon dieu ,
bon dieu qu’elles sont jolies les âmes des dames qui arpentent la pluie
celles que pensent mes mots
celle qui pansent mes maux
pour une pièce en or … et quand ils ont bien bu
une putain,
une putain et du Rhum
Putain du Rhum !
il me faut du Rhum … et des femmes
trouver la taverne
trouver la taverne et tout mettre en berne
trouver le verre, le Grall ...
le Grall qui emprisonne mon ancre de miséricorde
trouver le plus crade des rades de la rade
et calfater mon âme
à coup d’addictions de bourbon
et de largesses de Guinness
se caler sur le zinc cradingue et partir
partir en piste et boire avec les ombres qui sombrent dans ma mémoire
partir en bordée avec Jack, Pierre, John, Paol, Xavier, Corto, et les
autres
partir pour une nuit, pour une vie jusqu’au plomb du petit matin
et gerber
gerber à l’aube toute cette daube qui me laisse encore à l’encre
à l’encre
à l’encre
22 avril 2008
Sac à terre, Pierre Osenat s'en est allé..
Extrait de Sac à Terre paru dans la dernière édition, Tome XIV, du recueil des Poètes du Dimanche, un poème poignant en forme d'adieu lucide. Un grand poète, amoureux de la mer n'écrira plus, ses livres sont pour la plupart épuisés...
Le terme du voyage à quelques encablures
Le moment est venu de carguer la voilure.
Il se fait tard, mon temps prend de la gîte,
Filer mon bout ; au revoir bruit de la mer.
Saint-Anne-de-la-Palud, après l'eau salée l'eau bénite.
La croisière a pris fin, le Cap-Vert n'a plus cours ;
Je n'irai plus sur les amers,
Je ne connaîtrai plus la fièvre du long-cours
Mon nom rayer du rôle me voici sac à terre,
Sans sextant, sans repère
Malgré tant de vaisseaux amenés à bon port
Et l'orgueil d'être fort, galons de laine et d'or...
Je tiens ferme la barre vers le havre de Dieu,
A la vergue des mâts la risée de l'adieu.
Je vois ma propre vie et j'en fais l'inventaire,
La " vierge des marins " en sait l'itinéraire.
Cette vie qui s'éteint et revit dans les bars,
Cette vie partagée avec les équipages
Dont tous les mâts debout connaissent le visage
Cette vie suspendue aux fortunes de mer
Aux tôles et rivets, nœuds des coques de fer...
Ma vie a traversé les orages fantasques,
Les moussons, les grains blancs et les crocs des brisants,
Les tempêtes, les bris, les typhons, les bourrasques,
Et l'étale assagie au retour du jusant...
L'horloge de ma vie m'a mis en carénage
Et dans mon boujaron le rhum de la retraite ;
Si l'Ankou frappe à ma porte,
Dans ma vareuse la croix du Christ est prête,
Me réconforte,
Les panneaux sont ouverts pour moi vers l'autre monde.
23 mars 2008
La maison de Quiberon
Voilà quelques temps que j'essaye de faire partager la richesse de l'œuvre de Gérard Pons, ce poète lithographe du Castellet qui poursuit son chemin créatif en toute simplicité, et avec un rayonnement humain impressionnant.
Grâce à Gilles qui a laissé un message sur le blog, je peux vous proposer une reproduction de cette gravure, à l'image de son auteur, simple mais riche.
Il me semble que c'est la qualité auquel quiconque essaye de créer doit s'attacher en premier. Que l'on écrive, que l'on peigne, que l'on compose, la simplicité traduit le fait que l'on a su capter l'essentiel.
Plongez vous dans cette image, écoutez le vent, écoutez la mer, sentez l'iode pour tendre à l'humilité de l'amour qu'on peut porter à l'océan.
15 mars 2008
Un poème sur la mer
Voici un court poème de Gérard Pons, du Castellet, comme toujours sobre, élégant, profond.
L'immensité de l'océan
n'explique pas le temps qui passe
et l'éternité
semble minuscule
au marin perdu en mer.
12 décembre 2007
Leopard
Un artiste sud africain qui lâche un léopard de bronze dans un petit parc, Keith Calder.
C'est magique.
I am woman
Une femme sculpteur, Marina Petropulos, qui crée et expose en Afrique du Sud, à Simon's Town près du Cap.
Une statue de bronze, vivante, assise dans un petit parc.
05 décembre 2007
La Kültür
Une fois n'est pas coutume, un peu d'anglais, une citation excellente de l'anthropologue américain Edward T. Hall (http://fr.wikipedia.org/wiki/Edward_T._Hall), datant de 1959.
"Culture hides much more than it reveals, and strangely enough what it hides, it hides most effectively from its own participants. Years of study have convinced me that the real job is not to understand foreign culture but to understand our own."
04 novembre 2007
Citoyen de la mer
Voici un extrait de Citoyen de la mer de Pierre Osenat publié dans "Il n'y a que la mer", paru aux éditions Carnac en 2000.
Je parle de la mer qui rêve dans ma tête
Sans jamais dépasser l'embouchure des mots,
Quand les drisses du coeur et le vent sont en fête,
Immergés dans la voix rauque des matelots.
Je parle de la mer, ces jours où l'on s'ennuie
Sur les trois-mâts gréés de regrets ou d'alcool,
La mer aux longues nuits que traverse la pluie,
Promise des gabiers inscrits sur aucun rôle.
Je parle de la mer et j'aurai pris ma part
Des bouches de corail où déposer mes lèvres,
De la brume amoureuse où rafraîchir mes fièvres,
Des demains poursuivis par l'adieu des départs.
Se dressent vers l'oubli les houles violettes
A grand coup d'abandon creusés dans les remous,
Un illusoire port, drapé dans un ciel fou,
Propose un beau mensonge aux cris des goélettes.
Mais je dis que la mer est une chambre close
Où tout se recompose et se métamorphose,
Qu'en son éternité le grand Pilote sait
Si le monde qui meurt s'offre à celui qui naît.
22 septembre 2007
La Marie du port
A nouveau un poème de Gérard Pons dans ces pages de blog ; je ne peux résister au plaisir de vous le faire lire...
La Marie du port
roule bord à bord
et tangue ventre à ventre.
Elle sent la cannelle,
le poivre
et les embruns.
La Marie du port
ne mouille jamais l’ancre,
étale aux vents du large,
ne jette pas d’amarres.
Quelques mouettes parfois
aux cris désespérés
piquant vers le rivage
rappellent son passage.
Une flaque de miel,
à des amours mêlés
qu'Elle avait débarqués
sèche au bout du quai.
Il meurt lentement...
Pour changer un peu de registre tout en restant dans la poésie qui parle aux hommes, un texte de Pablo Neruda.
Il meurt lentement celui qui ne voyage pas
celui qui ne lit pas
celui qui n'écoute pas de musique
celui qui ne trouve pas grâce à ses propres yeux
Il meurt lentement
celui qui détruit son amour propre
celui qui ne se laisse pas aider
Il meurt lentement
celui qui devient esclave de l'habitude
refaisant tous les jours les mêmes chemins
celui qui ne change pas de repère
ne se rique pas à changer la couleur de ses vêtements
ou qui ne parle pas à un inconnu
Il meurt lentement
celui qui évite la passion et son tourbillon d'émotions
justement celles qui redonnent éclat aux yeux
et réparent les coeurs blessés
Il meurt lentement
celui qui ne change pas de cap quand il est malheureux
au travail ou en amour
celui qui ne met pas en jeu certitude ou incertitude
pour suivre un rêve
celui qui n'ose pas ne serait-ce qu'une fois dans sa vie
fuir les conseils avisés
Vis aujourd'hui !
Hasarde-toi aujourd'hui !
Agis aujourd'hui !
Ne te laisse pas mourir lentement !
Ne te prive pas d'être heureux !











