22 octobre 2009
A l'irlandaise
Après avoir savouré "L'étoile des mers" l'histoire d'un tueur embarqué sur un navire à destination de l'Amérique pendant la grande famine d'Irlande en 1847, je m'attendais à un roman dans le même style.
Mais dans "A l'irlandaise" paru en 1998 sous le titre original "The salesman" et traduit de l'irlandais par Isabelle D. Philippe en 1999, Joseph O'Connor change complètement d'époque. Cependant, la toile de fond est toujours une page de l'histoire d'Irlande, celle marquée par les années de l'IRA.
L'atmosphère est donc lourde, violente, oppressante, d'autant plus que la longue lettre servant de fil conducteur au récit, décrit pendant une bonne patrie du roman un huis clos intense entre Billy Sweeney et Donal Quinn ; Billy écrit à sa fille qui est dans le coma suite à une agression à laquelle Donal a participé.
Le style concis, dynamique, fait de phrases courtes rend cette histoire vraiment percutante, même si le huis clos semble parfois irréaliste.
D'autres personnages viennent ajouter des histoires parallèles à l'affrontement plein de haine entre les deux hommes, qui donnent une réelle densité à ce roman et finissent par révéler une vérité différente de celle que l'on imagine au début. La fragilité des personnages prisonniers de leurs erreurs et de leur destin apparaît alors, ils sont des marionnettes de leur vie à la recherche du bonheur sans savoir comment s'y prendre, en passant à côté bien souvent.
Pour moi donc un excellent roman qui fait que l'on s'attache à ces perdants.
14 avril 2009
Armand Hayet - Chansons de bord
Dans l'univers des chants de marins, ce livre est un point de départ. Paru en 1927, ce recueil de quatorze chansons réellement chantées à bord des grands voiliers constitue un collectage extrêmement intéressant, instructif et documenté puisque rédigé par un capitaine au long cours.
J'ai longtemps cherché à voir ce livre dont tout le monde parle mais qui n'est plus très courant malgré quelques rééditions. Profitant donc de cet exemplaire illustré, tombé entre mes mains par hasard, et photographié aussi sec, je saisis l'occasion d'entamer une série de messages qui je pense permettront de combler la curiosité des passionnés qui n'auront pas eu la chance de découvrir "Jean-François de Nantes" et autres chansons du patrimoine telles qu'elles ont été imprimées à l'époque.
C'est dans ce livre recelant des commentaires passionnants sur la vie à bord que l'on trouve la classification des chants et les explications sur leur fonction en :
- chants à hisser (pour border une basse voile ou hisser un hunier), menée par un homme seul sur un ou deux vers pendant que le navire roule sur le bord défavorable, auquel les hommes répondent en chœur en halant,
- chants à virer ou chants du cabestan (pour virer les chaînes des ancres ou virer l'aussière pour se déhaler) qui sont les chants les plus libres comme le charivari, utilisé pour stimuler l'équipage en plein effort en désignant grossièrement un membre d'équipage, un officier et même jusqu'au commandant,
- chants du gaillard d'avant (les autres chansons qui n'étaient pas spécialement composées pour appuyer ou stimuler un effort).
Les quatorze chansons collectées sont les suivantes :
- chansons à hisser : nous irons à Valparaiso, Jean-François de Nantes, as-tu connu le père Lancelot ?, sur le pont de Morlaix, Y a z'un petit bois,
- chansons à virer : la Margot, le grand coureur, quand la boiteuse va-t-au marché, passant par Paris,
- chansons de gaillard d'avant : la Danaé, le trente et un du mois d'août, adieu cher camarade, pique la baleine, les pêcheurs de Groix.
26 février 2009
La trilogie des elfes
Voilà longtemps que je n'avais pas été pris dans une histoire comme celle-là.
Comme d'habitude, je suis en retard de plusieurs années sur l'actualité littéraire et ma PAL (pour employer le terme consacré utliisé par mes amies bloggeuses pro de la lecture) s'accroît toujours au hasard. Là c'est un bouquin que j'avais acheté l'an dernier, grâce à son titre, l'œil attiré tout d'abord par la couverture exposée sur la table d'un libraire. De fait cette intégrale est parue en mai 2008 et elle regroupe trois romans, Le crépuscule des elfes, La nuit des elfes, L’heure des elfes, écrits par Jean-Louis Fetjaine en1998, 1999 et 2000. C'est dire que cette chronique aurait pu être écrite voilà dix ans...
Ce qui rend ce livre si passionnant c'est l'atmosphère. Si l'on est attiré part l'épopée arthurienne, on trouve là tous les ingrédients qui conviennent pour se plonger dans le moyen âge, à une époque située avant celle si bien illustrée par le film Excalibur. Les connaissances approfondies de l'auteur font merveille et viennent renforcer la magie de cette histoire millénaire en y ajoutant une touche de vérité.
A cette époque les nains, les monstres, les hommes et les elfes se partagent le monde et bien sûr l'instinct de prédateur de l'homme fait des ravages. On assiste à une rupture de l'équilibre entre les peuples et les noms mythiques apparaissent, Uter le Pendragon, Ygraine, Merlin, Morgane, Arthur, Excalibur... La religion du Christ fait disparaître les croyances anciennes et Lliane, la belle et impitoyable reine des elfes, sorcière envoûtante est le symbole de la plus pure des tribus qui va disparaître.
Le style de l'auteur fait mouche, les mots sont là pour créer l'atmosphère, on est dans l'aventure avec les rebondissements. Bref, que du bonheur et un retour douloureux au réel lorsque l'on atteint la dernière page...
22 février 2009
Le cycle d'Elric
J'ai pu découvrir le cycle d'Elric, de Michael Moorcock, un classique de la littérature Fantasy grâce à un ami qui m'a prêté ce coffret regroupant les 7 volumes de la saga :
- Elric des dragons paru en 1972 sous le titre de "Elric of Melniboné" traduit par Daphné Halin,
- La forteresse de la perle, 1989, "The fortress of the pearl", traduction de Gérard Lebec,
- Le navigateur sur les mers du destin, 1976, "The sailor on the seas of fate", traduction de George W. Barlow,
- Elric le nécromancien, 1977, "The weird of the white wolf", traduction de Michel Demuth et Franck Straschitz,
-La sorcière dormante, 1977, "The sleeping Sorceress", traduction de Michel Demuth,
- L'épée noire, 1977, "The Bane of the Black Sword", traduction de Franck Straschitz,
- Stormbringer, 1977, traduction de Franck Straschitz.
Ce cycle, que l'on pourrait appeler les chroniques de l'épée noire est un recueil de nouvelles parues dans la revue Science Fantasy au cours des années 60 (le premier tome comporte une préface de 1967 dans laquelle l'auteur explique en détail la genèse de cette saga).
L'action se situe dans un monde partagé entre la Loi et le Chaos, qui précède la création du monde des Hommes.
L'ensemble des nouvelles est très intéressant, le style est direct, sans fioritures, et l'imagination de l'auteur est vraiment débordante, c'est presque un concentré des univers de la science fiction. Je pense que nombre de scénaristes de films ou d'écrivains se sont nourris de ces pages.
On suit les pérégrinations de ce héros plutôt solitaire armé de son épée Stormbringer qui boit les âmes de ceux qu'elle tue et y puise sa force et celle de son maître, souvent dénué de scrupules, dans ses combats ou ses alliances avec les sorciers, les voleurs de rêves, les guerriers, les peuples décadents, les politiciens assoiffés de pouvoir, les revenants, les dieux, les forces de l'au-delà.... et chaque épisode est rempli de rebondissements.
Pour ma part j'ai préféré deux recueils :
- "le navigateur sur les mers du destin" qui clôt en quelque sorte la première partie de la quête du héros, lorsque celui-ci, à la tête d'une flotte de marchands détruit sa cité de Melniboné pour être finalement trahi par sa propre épée qui tue Cymoril, l'amour de sa vie, puis perdre la bataille, assailli par ses propres dragons, une vraie tragédie,
- "Stormbringer" qui termine la saga, en donnant tout leur sens aux histoires qui la composent et montrent à quel point on a traversé un univers complet, organisé, entièrement né de l'imagination, le "multivers" ; j'avais eu la même impression en lisant la série des "fondation" de Isaac Asimov.
Pour conclure je dirais que cette somme de près de 1500 pages se lit très bien et mérite le temps passé... dans un autre monde ! Un seul regret, mineur, lié à la construction du texte écrit comme une succession de nouvelles (normal puisque ces textes ont été publiés dans une revue), certaines explications sur Elric, sur son épée, sur certains mondes ou personnages reviennent régulièrement et crée une répétiton inutile lorsqu'on parcourt la série d'une traite.
Si vous aimez l'aventure, embarquez vous avec le prince sorcier albinos.
29 janvier 2009
Dans le scriptorium
Un étonnant roman de Paul Auster, plutôt une longue nouvelle dans sa forme, paru en 2006 sous le titre Original Travels in the Scriptorium et en 2007 chez Actes Sud, dans une traduction de Christine Le Bœuf.
Dans ce bouquin l'auteur s'amuse à nous balader dans une histoire bizarre, avec une ambiance à la Kafka dans laquelle le personnage central, Mr Blank, un vieil homme, ne sait pas où il est, ne sait pas d'où il vient, ne se souvient plus que de bribes de son histoire personnelle, ne sait pas nommer les choses de façon certaine (elles sont identifiées par des étiquettes).
J'ai pensé tout d'abord à l'histoire d'un auteur atteint de la maladie d'Alzheimer, mais l'ambiance créée par petites touches avec l'entrée en scène des autres personnages (dont on ne sait rien non plus) est trop décalée pour se limiter à cela, et lorsqu'une deuxième histoire apparaît dans le récit une autre piste s'ouvre pour mener au dénouement qui arrive presque trop brutalement à la fin de la journée.
J'ai beaucoup aimé ce texte, l'ambiance, le ton parfois cru, et le fait que puisqu'on ne sait rien et que c'est étrange on a envie de savoir, on imagine et on se laisse emmener en même temps.
La semaine dernière, la 5 a invité Paul Auster pour son émission La Grande Librairie (vous trouverez un article intéressant sur le blog de Stéphanie Mots en Bouche).
03 janvier 2009
Sous les vents de Neptune
Ce bouquin paru en 2004 aux éditions Viviane Hamy, n'a finalement pas grand chose à voir avec Neptune si ce n'est le trident qui apparaît vite comme l'arme du crime, mais je n'en dirais pas plus pour ne pas dévoiler l'intrigue qui nous emmène bizarrement au Québec, et avec le langage et les mots associés ce qui est un premier plaisir.
Le personnage principal est l'inspecteur Adamsberg qui résoudra l'énigme de sa vie en nous entraînant dans son cheminement très personnel.
J'avais acheté ce roman policier par hasard, et finalement je me suis rendu compte que cette histoire avait été adaptée pour un téléfilm et que l'auteure Fred Vargas avait à son actif un tas de succès. Je n'ai pas regretté cet achat car j'ai passé un bon moment, c'est un récit bien fait, bien écrit et les personnages sont attachants. L'intrigue est retorse à souhait et capte l'attention, seul bémol le personnage de hacker qui arrive à la fin semble un peu invraisemblable et sorti d'on ne sait où... même si l'idée est amusante.
A parcourir les blogs des lecteurs pros comme celui de Amanda (lien 1 & lien 2), je m'aperçois qu'il y a certainement de bons moments à passer avec ce commissaire et avec sa créatrice.
06 décembre 2008
Alice au pays de l'Alzheimer
Voici un commentaire à propos d'un livre de Jacques Boulerice dont j'avais beaucoup apprécié le recueil de petites histoires "Ephémeride", et qui a publié là, en janvier 2008, aux éditions Fides, une histoire bouleversante, pleine d'humanité et d'amour.
En s'appuyant sur des notes prises sur un petit carnet, utilisées pour saisir l'instant et le conserver de façon sûre, l'auteur raconte la fin de vie de sa mère atteinte de la maladie d'Alzheimer, entre septembre 1999 et septembre 2006,le lent cheminement de la maladie, les modifications profondes que cet état apportent dans leurs relations, et en filigrane se trame la réflexion qui évolue au fil du temps sur l'amour dans une famille et la transmission d'une histoire entre générations, la perception que l'on a de ses parents, le vieillissement et les souvenirs, le respect de la personne et la place des vieux daans notre société, la possibilité d'en finir avant d'être complètement hors d'état de décider, le sens profond de l'existence et des choix qu'on y fait.
Le temps, les souvenirs, l'enfance, l'amitié, l'amour... comment est-ce que tout cela s'articule dans une vie et qu'en reste-t-il à la fin.
Bien souvent l'émotion qui vient à la lecture de ce lent récit à l'inéluctable dénouement m'a mené au bord des larmes par la vérité des sentiments et la profondeur de ce qu'ils touchent en nous. J'ai admiré le courage de cette femme qui lutte pour saisir le "fil" de ses pensées et ainsi se raccorcher à la vie, à ce qui a fait sa vie, de son mari, à son fils qu'elle aime jusqu'à son arrière-petite-fille qui est en quelque sorte l'ultime fruit de sa vie de travail et de dévouement.
Je suis resté pantois devant la sincérité de l'écriture, limpide et claire, sans faux-semblants, mais très pudique finalement dans sa façon d'aborder des pensées et des relations aussi intimes.
A mille lieux des romans de convenance dont les auteurs se regardent le nombril et exposent leurs petits bobos de l'égo, voilà une histoire belle et forte qui dit la vérité de l'amour et qui apporte un témoignage poignant sur l'irrémédiable évanouissement de la pensée et des mots amené par cette maladie, et sur la résistance ultime des sentiments les plus profonds.
24 novembre 2008
Rues secrètes
Trouvé chez un bouquiniste, ce livre de Pierre Mac Orlan, écrivain connu pour son œuvre étendue, avec des romans comme "Quai des brumes" ou des chansons comme "Fanny de Lanninon", publié en 1934 chez Gallimard.
Ce texte est une sorte de reportage, mais n'ayant pas la précision d'une enquête de journaliste, sur les quartiers réservés que l'auteur à traversés et observés, au Maroc, en Tunisie, et ailleurs, légendes des Bat' d'Af, de la légion, du temps des colonnies, des marins débarquant de leurs bateaux... un monde aussi fréquenté par les locaux en quête de plaisirs souvent plus raffinés. La prostitution y est présentée sous un jour un peu nostalgique.
La suite de textes sans vrai lien entre eux ne m'a pas tellement intéressé, peut-être parce qu'emplie de références que je n'ai pas, et qui appartiennent à un monde révolu.
25 octobre 2008
Belle-île-en-mer, Houat, Hoëdic
Un superbe petit recueil d'aquarelles de Denis Clavreul, paru aux éditions Equinoxe en Mai 2008. Bizarrement ces éditions sont des Bouches du Rhône et publient cette série des "Carrés de Bretagne" qui décrivent ce pays magique de la Baie du Mont Saint Michel au Morbihan. Pour ce qui est de ce tome, il restitue toute l'atmosphère des trois îles et l'on s'y plonge avec délices.
05 octobre 2008
La forêt des renards pendus
Encore un roman déjanté à la manière de Arto Paasilinna, le récit de destins sans rapport les uns entre les autres de prime abord mais qui finissent par se croiser dans l'errance, la fuite. De ces rencontres improbables racontée avec talent, il sort toujours quelque chose d'étonnant.
Paru en 1983 sous le titre "Hirtettyjen kettujen metsä", il a été traduit par Anne Colin du Terrail pour les éditions Denoël en 1994. On peut voir des extraits du film du même nom, inspiré du roman, tourné en 1986 par Jouko Suikkari sur You tube.
Le premier personnage du roman est Rafael Juntunen, gangster plutôt minable mais qui a réussi à rouler ses complices en les faisant envoyer en prison pour garder le butin, des lingots d'or qu'il a enterrés sous un tas de fumier. A l'annonce de leur sortie de prison, il s'enfuit toujours plus loin jusqu'en Laponie. Là il rencontre Cinq-cents-balles un renardeau qui apparaîtra tout au long du récit et le Major Remes, alcoolique chronique qui se défonce en permanence à l'eau de vie de bigarade et finit par se faire mettre en congé de l'armée. Finalement ces deux hommes aussi dénués de sentiment et de scrupules l'un et l'autre, qui traversent la vie sans vrai but et complètement insensibles à ce qui les entoure vont ensemble recueillir une vieille Skolte de quatre vingt dix ans, Naska Mosnikoff, qui s'est enfuie pour ne pas être emmenée à l'hospice. C'est ce bout de vie à trois qui va leur donner un peu d'humanité.
Les multiples péripéties souvent saugrenues et déconcertantes, égrenées tout au long de l'histoire, rendent la lecture très divertissante et comme dans les autres romans les personnages sont truculents, un régal.
Arto Paasilinna




























