08 septembre 2011

Avec les pêcheurs de Terre-Neuve et du Groënland

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Voici, un témoignage du R.P. Yvon, capucin, et aumônier des Terre neuvas, édité à l'origine en 1935, dont la deuxième édition que je possède a été publiée en 1941.
Dans la première partie l'auteur décrit le métier de pêcheur à Terre Neuve dans cette période charnière entre la fin des goélettes et l'essor des chalutiers, et dans la seconde il relate la campagne de Terre-Neuve et du Groënland, à laquelle il a assisté de avril à septembre 1934, en tant qu'invité sur l'aviso "La ville d'Ys", pour jouer son rôle d'aumônier.

Le livre est illustré de reproductions de photographies fort intéressantes.
Dans celle-ci on voit qu'en 1912 le port de Saint-Pierre est rempli de dizaines de voiliers.

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Le voilier représenté ici est le "Zazpiakhat", un quatre-mâts de l'armement "la Morue Française".

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Enfin le doris emblème, de la pêche à la morue du temps des voiliers.

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Un extrait du début du livre (les notes sont reportées entre parenthèses) :

"A bord du voilier
Arrivé à bord, il ne faut pas songer au repos. La morue, il faut la préparer, il faut l'ébréguer (la dépouiller de ses entrailles), il faut la décoller (lui couper la tête), il faut la trancher (lui enlever la colonne vertébrale), il faut l'énocter (lui vider ses deux poches de sang), il faut la laver, il faut l'empiler, il faut la saler. Les lignes il faut les boëter (amorcer). Il est difficile de se faire une idée de la somme de travail que représente ce boëttage des lignes. Sa battre pendant sept ou huit heures contre une manne de ligne brouillées, un inextricable fagot de cordes hérissées d'hameçons semblables à des ronces et à des épines d'acier, qu'il faut démêler, dénouer, réparer et boëtter. Et comme tout ce travail se fait à moitié plié en deux, on peut imaginer qu'il n'a rien de récréatif... Aussi pendant ces longues heures on voit ces pauvres malheureux se relever, se redresser de temps en temps, placer les mains sur les hanches et lancer le torse en arrière pour soulager leurs reins endoloris. Et, pendant la première pêche, alors que souffle la bise ou que tombent les bruines glaciales, la neige même,plus d'un s'arrête pour souffler dans ses mains engourdies, gercées, crevassées, grignotées par la chair salée ou déchirées par les écailles tranchantes des bulots ou pour frotter ses poignets dévorés par les démangeaisons des "petits choux" des Bancs (excroissances qui, croit-on, sont d'origine microbienne). Et, les lignes boëttées, il faut aller, le soir, à la nuit tombante, les poser, les larguer à deux ou trois milles (le mille marin vaut 1.852 mètres).
Il n'y a pas d'heure pour le repos. Aucune considération ne tient devant ces deux faits : la piaule (banc de morues) passe, le poisson donne : il faut le saisir. Le travail n'est même pas limité par les forces humaines, mais uniquement par l'impossibilité de travailler. Sur les Bancs l'ordinaire du travail c'est dix-huit heures d'affilée (les six heures sans travail ne sont pas toujours consacrées au sommeil. Les hommes doivent assurer le "quart" à tour de rôle. Et à l'époque du boëttage à l'encornet, il n'est pas rare qu'ils soient appelés sur le pont par "l'homme de quart" au cri de "Pique" trois ou quatre fois par nuit pour pêcher la boëtte). Au Groënland, le soleil est cruel. En luisant pendant vingt-deux heures, il condamne le marin à un travail forcé de vingt-deux heures.

Sur les chalutiers
Le sort des équipages des chalutiers n'est pas plus enviable. Le chalutier libère le marin du travail du boëttage des lignes, du halage et des dangers des doris ; mais loin d'alléger son sort il ne fait que l'accabler. A Terre-Neuve, la machine n'est pas le serviteur de l'homme ; c'est l'homme qui est l'esclave de la machine. La machine peut travailler nuit et jour, l'homme travaillera nuit et jour. Ce sont les travaux forcés sans discontinuité tant que le poisson donne ; et l'abondance du poisson est parfois telle, qu'elle ne laisse aux hommes que sept heures de repos par trois jours. Aussi n'est-il pas rare qu'ils titubent de fatigue et de sommeil. Et dire que, sur certains chalutiers, l’équipage comprend une vingtaine de jeunes gens de moins de vingt ans ! Pauvres enfants !!!
D'aucuns prétendent que l'habitude a tellement émoussé la sensibilité de ces gens simples et rudes, qu'ils ne souffrent plus de leur situation pénible.
..."

L'auteur explique également avoir tourné un film pour illustrer la campagne de communication (mais à cette époque ça ne s'appelait pas ainsi), soutenue par une pétition signée des marins, qu'il allait organiser pour récolter des fonds pour la Société des Œuvres de Mer, afin d'affréter un véritable navire d'assistance, le navire-hôpital Saint-Yves qui a pu être prêt pour la campagne 1935. Je suis curieux de savoir ce que sont devenues ces bobines...

Au-delà du ton très particulier de certains passages, empreint d'une commisération probablement liée à l'époque et au fait que l'auteur soit moine, la description de la vie des marins sous tous ses aspects est passionnante car évoquée au quotidien, avec des anecdotes, des extraits de messages échangés entre bateaux avec les premières T.S.F., des exemples de solidarité entre marins, des patrons plus ou moins humains...
On ne peut que plonger dans la réalité dure de cette vie d'avant-guerre, déjà régie par une course au profit qui n'a fait que s'accélérer depuis et créer pour le commun un univers toujours plus incertain et une planète de plus en plus abîmée.

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02 juillet 2011

Le peuple de la mer

Elder - peuple-de-la-mer

Ah ! Voilà de la belle ouvrage, éditée par La Découvrance en 2010, une maison d'édition qui propose sur son site des livres papier ou en téléchargement, et qui a ressorti des oubliettes ce magnifiqiue prix Goncourt 1913, écrit par Marc Elder.

Amateurs d'écrivains s'auscultant le nombril à tout bout de champ, passez votre tour, ce roman nous plonge dans la vie rude du port de l'Herbaudière et de ses marins pêcheurs. Chacune des trois nouvelles, La Barque, La Femme, La Mer raconte une tranche de cette vie. Urbain Coët et sa barque le Dépit des Envieux, Jean-Baptiste amoureux transi de la Gaude, Petit Pierre dévoré par sa passion pour la Mer, sont les trois personnages principaux pris chaque fois dans une logique et une destinée qui les broie.

Le style est direct, précis et devient puissant lorsqu'il décrit la mer, on sent dans chaque mot, chaque description beaucoup de respect et d'affection pour ces gens simples, le désir de les faire vivre à jamais, renaître dans l'imagination des lecteurs. Marc Elder n'a écrit que quatre ou cinq romans, heureusement qu'il a voulu écrire celui-ci.

Vous qui aimez la mer, visiteurs de ce blog, connectez vous pour vous procurer ce superbe livre et partagez le travail, les joies et les peines, les désirs, les jalousies, les colères et le fatalisme de ces villageois d'un autre temps.

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18 juin 2011

Les déferlantes

Gallay - Les-déferlantes

Avec une photo de couverture comme celle là et un titre aussi maritime, j'ai forcément eu le regard attiré... mais la lecture de ce roman de Claudie Gallay paru aux Editions du Rouergue en 2008 me laisse un peu mitigé.
Tout d'abord le rapport à la mer est très oppressant et j'ai été séduit par l'écriture (que j'associe à celle d"Anna Gavalda),
pris dans l'atmosphère du récit, des personnages pittoresques, attachants et un peu à la dérive ou décalés, Max, Raphaël, Monsieur Anselme, une impression de plonger dans une histoire vraie, de vieilles rancunes familiales sous lesquelles couvent des secrets. L'ambiance créée par l'auteur m'a donné envie de lire d'un trait et puis bizarrement lorsque l'intrigue a finit de se mettre en place, le dénouement est devenu rapidement prévisible et la fin un peu laborieuse.
Dommage, j'ai trouvé beaucoup d'humanité, de la finesse, mais avec une centaine de pages de moins ce livre aurait été bien plus réussi, même si l'on comprend que les secrets enfouis mettent du temps à remonter à la surface.

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29 janvier 2011

La ligne d'ombre

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Un roman court et dense, presque une longue nouvelle de Joseph Conrad, parue en 1917 sous le titre de "The Shadow Line" et traduit en 1989 par Florence Herbulot pour Gallimard.

L'édition Folio classique annotée donne les clefs de lecture de ce texte autobiographique qui raconte le premier commandement de Joseph Conrad. Débarqué à Singapour, un concours de circonstances l'amène à prendre le commandement d'un navire chargé de teck à Bangkok. Le navire doit rejoindre l'océan indien, mais la fièvre gagne peu à peu tous les hommes de l'équipage, comme si de façon étrange l'esprit malin du capitaine précédent retenait le bateau au moyen d'un calme plat et d'une chaleur étouffante, de vents fantasques et d'îles menaçantes et l'empêchait de passer les 8°20" de latitude nord, à la limite entre le Golfe de Thaïlande et le Mer de Chine, l'endroit où son corps rongé de maladie et de cruauté avait été inhumé, selon la tradition des marins.
L'atmosphère est oppressante, et le récit volontairement lent, le passage de cette ligne défendue par l'ombre du défunt permet au jeune commandant de s'affirmer, cette traversée initiatique est décrite de main de maître.

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06 janvier 2011

Ocean's Songs

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J'ai lu ce livre édité en 2008 par le cherche-midi par hasard, puisqu'il m'a été offert. Et j'ai été surpris et ravi d'avoir consacré un peu de temps à le lire car cette auto-biographie très bien écrite, dans un style brut et direct, parfois poétique lorsqu'il parle de la mer, et qui m'a semblé empreint de sincérité et d'humanité.
Olivier de Kersauson raconte ses océans, ses mers, leur personnalité, leur comportement, ce qu'il aime ou déteste en eux, et au travers de ces personnages il raconte ses voyages et ses courses, les pays traversés, sa vie d'équipier puis de chef de bord, ses rencontres et les personnes qui l'ont touché comme cet homme écoutant la radio sur la tombe de sa femme comme ils l'avaient fait pendant quarante ans chaque dimanche matin pour continuer d'entretenir leur amour.
Une belle histoire, riche et dans laquelle les mots voyage et naviguer prennent tout leur sens, la passion des marins y est tout entière contenue.

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05 janvier 2011

Mémoires de la mer

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Voici un livre un peu particulier, pas un roman, pas un recueil de nouvelles, plutôt un livre de mise en bouche pour donner envie d'aller plus loin et de dévorer l'histoire de la marine et des marins.
Le livre en Folio reprend le texte du livre original qui comporte de superbes illustrations et reproductions des archives du Musée de la Marine dont seules quelques unes sont reprises dans un insert en couleurs. Cet ouvrage collectif initialement publié en 2005 par les Éditions Sophie de Sivry / L'Iconoclaste sous la direction scientifique de Marie-Pierre Demarcq (responsable des bibliothèques du musée national de la Marine) et Jean de Préneuf (adjoint au chef de la division Etudes au département Marine du Service historique de la Défense et professeur) est une succession d'article variés classés en sept périodes depuis I - Prendre la mer (1500 - 1580) jusqu'à VII - Le dernier grand rêve (1945 - 2000).
Ces articles de 2 à 3 pages sont rédigés par des écrivains, des scientifiques, des conservateurs et enseignants qui partagent tous cette passion pour les choses de la mer. Ils nous parlent de la petite histoire et de la grande histoire, de l'origine des figures de proues aux grandes batailles, des personnages marquants comme Bernard Moitessier, Eric Tabarly, Virginie Hériot, Anita Conti, mais aussi l'Amiral Darlan, le père Hoste, Colbert, Guillaume Brouscon, ayant écrit, enseigné, dirigé, découvert, innové...

Pour résumer, c'est un livre à parcourir pour se donner des horizons à explorer sur les thèmes de la mer vue de France.

Ci-dessous la couverture d'origine avec une photo de pêcheurs alors que celle du folio représente des officiers surpris par un coup de roulis.

memoires_de_la_mer

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03 janvier 2011

Jack Aubrey

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Les éditions Omnibus ont publié en 2010, à l'occasion du dixième anniversaire de la mort de l'auteur Patrick O'Brian, une nouvelle édition du premier des 5 tomes des aventures du Capitaine Jack Aubrey de la Marine Royale Britannique, que les Presses de la Cité avaient fait traduire en français et éditer. Ce premier tome, enrichi d'une préface du grand reporter et journaliste écrivain Hubert Prolongeau, regroupe 4 romans :
- Master and Commander (1970) - Maître à bord traduction Jean Charles Provost (1996)
- Post Captain (1972) - Capitaine de vaisseau traduction Jean Charles Provost (1996)
- H. M. S. Surprise (1973) - La Surprise traduction Jean Charles Provost (1997)
- The Mauritius Command - Expédition à l'île Maurice (1977) traduction Florence Herbulot (1997)

Plonger dans ces livres ramène en 1800, l'affrontement entre puissances européennes se joue sur
terre et sur mer, les colonies et terres lointaines regorgent de richesses, la toute puissante Compagnie des Indes est un instrument commercial essentiel pour l'Angleterre, 10 ans après la Révolution le Consulat s'est imposé, et Bonaparte va l'utiliser pour fonder le premier Empire en 1804.
Ainsi les succès et victoires du Capitaine Jack "La Chance", vrai stratège et fin marin passionné d'astronomie et de géométrie, se font la plupart du temps au détriment des Français, ce qui n'est pas sans agacer un petit peu, mais les péripéties multiples, pleines de rebondissements, l'écriture soignée, la  multitude de détails directement inspirés de l'histoire, des modes de vie et des techniques de navigation de l'époque font que ces textes permettent de passer des moments absolument passionnants et très enrichissants. Ce sont de vrais romans d'aventures maritimes, bien ficelés. Même si quelques unes de ces ficelles semblent parfois un peu grosses, on les attend et on n'hésite pas à les attraper tant les personnages sont attachants.

Master and Commander a servi en partie de base au film du même nom sorti en 2003 qui met en scène la poursuite acharnée du navire français l'Achéron menée par Jack Aubrey à bord du H.M.S. Surprise. Le film lui emprunte les personnages clefs dont celui du professeur Maturin, et quelques scènes comme celle du radeau équipé de lanternes servant à leurrer le français alors que la Surpise est en mauvaise posture après un premier affrontement, ou celle de l'opération à cerveau ouvert par laquelle Maturin sauve la vie d'un matelot au crâne défoncé par la chute d'un espar. En revanche l'intrigue du roman se déroule en Méditerranée et Jack commande le H. M. S. Sophie, un brick sur lequel il réalisera des prouesses dont la capture de la frégate chébec espagnole Cacafuego.

Post Captain est le roman le plus long du recueil. Jack, peu à l'aise à terre subit l'oisiveté due à la paix. Finalement criblé de dettes suite à des placements hasardeux engagés auprès d'un gestionnaire indélicat, il est obligé de s'enfuir en France pour échapper à l'emprisonnement. Lorsque la guerre est à nouveau déclarée, il passe en Espagne avec son ami Stephen d'où il peut rejoindre l'Angleterre via Gibraltar. Il obtiendra son grade de Capitaine de Vaisseau après avoir mené au combat le Polychrest un sabot flottant qu'il a réussi à améliorer, mais qui finira coulé. L'épisode se termine alors qu'il a été nommé commandant intérimaire sur le Lively et capture un navire espagnol.

Dans H. M. S. Surprise, on retrouve Jack commandant sur le Lively au large de Toulon et en Méditerranée. Grâce à son ami Maturin, il se voit confier la Surprise, un véritable navire de combat qu'il conduit jusqu'à Bombay. Cet épisode nous emmène donc avec la Surprise du Brésil au Cap, sur la route vers l'Inde et s'étoffe de l'intrigue sentimentale qui tourmente de plus en plus Stephen Maturin. On découvre les fastes coloniaux et le rôle de la Compagnie des Indes qui récompense Jack qui s'illustre en sauvant plusieurs de leurs navires. Il acquiert ainsi la reconnaissance mais pas la fortune car les règles d'attribution des parts de prise ont changé au profit du Trésor. Malgré tout l'aventure se termine bien lorsque sur le chemin du retour, il retrouve sa tendre Sophie qui a enfin accepté de l'épouser.

L'expédition à l'île Maurice relate une mission secrète confiée au docteur Maturin qui permet à Jack de revenir enfin à bord alors que sa famille s'est agrandie et que ses revers de fortune l'ont transformé en modeste propriétaire de cottage cultivant ses légumes et surveillant avec nostalgie les mouvements des navires au moyen de sa longue-vue. Arrivé au Cap à bord de la Boadicea il est nommé commodore d'une flotte destinée à contrer l'action des français dans l'océan indien et leur influence sur les îles de la Réunion (île Bourbon) et Maurice (île de France). Le récit est très proche de la véritable histoire et met en scène des personnages ayant véritablement existé comme le gouverneur Farquhar, le lieutenant-colonel Keating, l'amiral Hamelin, le général Decaen et l'épisode de la conquête de l'île Bourbon qui restera anglaise de 1810 à 1815 puis reviendra à la France lors de la chute de Napoléon, et de l'île de France laquelle deviendra anglaise jusqu'à son indépendance en 1968.

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09 novembre 2010

Cap Horn

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Paru en 1935 à la librairie des Champs-Elysées, ce roman est un mélange de poésie et d'autobiographie qui nous emmène vers le Cap Horn. Henri Jacques a choisi de rythmer son récit par des Chants. J'avais posté un message sur le premier, le Chant de la Mer, mais depuis, grâce à la découverte d'un DC édité par le groupe Cap Horn, je me suis replongé dans ce livre pour y savourer de petits bijoux que je posterai petit à petit.

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24 avril 2010

Théodore Monod - Le chercheur d'absolu

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Voici un livre très court, mais très dense, de Théodore Monod paru en 1997, complété dans cette édition par un recueil de "Textes de combat", articles et conférences écrites entre 1941 et 1944.
Le plus étonnant de ce livre, c'est que les thèmes abordés pendant la deuxième guerre mondiale ou vers la fin de sa vie permettent d'éclairer notre quotidien.
80 pages et trois chapitres "se relier", "se soustraire", "résister" dans lesquels j'ai relevé quelques éléments qui m'ont paru particulièrement forts.

Sur un plan politique, un extrait tiré d'une conférence donnée à Dakar le 4 avril 1943, au chapitre intitulé "l'apothéose du mensonge" :
<<... Les principes de cette organisation du mensonge sont faciles à dégager.
1° Parler à la masse et lui assener une pâture préparée, dit Goebbels, "pour des millions de cerveaux simultanément" ;
2° Le succès est le seul critère. Il n'y a pas de propagande bonne ou mauvaise. Il y a des propagandes qui réussissent et des propagandes qui échouent ;
3° La propagande ne distingue ni le bien du mal, ni le juste de l'injuste. N'est vrai que ce qu'on fait croire ;
4° On ne s'adressera ni à l'intelligence, ni au bon sens, moins encore à la conscience, mais à l'instinct et aux passions des foules ;
5° Les slogans les plus simples et les plus gros seront les meilleurs. Plus le mensonge sera patent, plus le mythe sera absurde, mieux il "prendra" à condition d'être répété sans cesse, inlassablement.>>

En lisant ces quelques préceptes j'ai été frappé par la similitude que l'on retrouve avec les méthodes modernes de communication, notamment celles que l'on a pu observer depuis les dernières élections présidentielles et qui se mettent en place à chaque projet de réforme, et de façon très flagrante en ce début de négociation sur les retraites. C'est il y a bien longtemps déjà une mise en garde contre ce que l'on appelle la pensée unique...

Sur un plan plus spirituel, peut-être quelques pistes qui permettent de se prémunir contre les méfaits des manœuvres décrites ci-dessus...
<<... Le Sahara nous enseigne à ne pas gémir, à ne pas parler inutilement. Les mots inutiles nous intoxiquent. Le silence fait d'ailleurs partie de beaucoup de règles religieuses. Le désert ,comme le diocèse, vous ponce l'âme, vous apprend les gestes en symbiose avec le corps, une certaine lenteur intérieure...>>
<<...Nous compliquons trop nos existences. Mon père disait : "Nous sommes possédés par nos possessions." Le désert nous apprend à nous soustraire des futilités et inutilités. Dans son espace, nous sommes à la limite de la survie. Les grandes villes nous submergent de superflu dans tous les domaines... Contre la religion du profit nous devons opposer la religion de la beauté, son pain vivant, son eau vive. Le sacré est la colonne vertébrale de l'être. Notre civilisation occidentale souffre aussi de logorrhée. Le silence, les silences, sont enrichissants. Je l'ai appris au contact d"un peuple de culture orale, pour qui la phrase, le poème, le conte, la légende sont des repères de mémoire à caractère sacré...>>
<<...Mes écrits font partie de mes récoltes... Écrire évite les répétitions... La plume supprime le verbiage... Le travail de rature, de filtrage, est une sorte de graduel vers l'épure...>>
<<... Chaque homme est un maillon. Il donne une forme à l'existence, à son existence, enfin il devrait le faire. Sinon il demeurera une graine destinée à pourrir en terre, faute d'avoir engendré son développement. Et à ce titre nous sommes tous responsables, tous obligés de nous dérouler en actes. Il n'y a pas d'êtres inférieurs, il n'y a que des êtres qui ne veulent pas se hausser vers le supérieur, dérouler l'ascension enroulée en eux-mêmes...>>

Un beau texte à lire et relire, à méditer pour le comprendre un peu et pour essayer de ne pas se laisse happer par le fatras qui nous entoure.

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17 avril 2010

Mr. Vertigo

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Paul Auster a écrit ce livre en 1994, traduit la même année pour Actes Sud par Christine Le Bœuf. J'avais beaucoup aimé Dans le scriptorium et je suis tombé par hasard sur ce livre. Une fois entré dans l'histoire, j'ai eu du mal à en décrocher.
La vie de Walt qui traverse l'Amérique du XXème siècle tout en étant un peu à côté de ce qui l'entoure, est étrange et fascinante. Gosse de pauvres dans les rues de Saint-Louis, il apprend à voler sous la férule de son Maître Yehudi et avec l'aide d'une belle femme Mrs Witherspoon qui les soutient financièrement, devient une vedette avec ses numéros de funambule sans trapèze, puis gangster, pour finir paisible retraité. C'est un peu Icare qui s'envole, perd ses ailes et retombe, puis continuerait à vivre de façon obstinée et profiter des occasions qui se présentent à lui pour dérouler sa vie sans vraiment la guider, comme une marionnette. Son seul acte d'indépendance semble être la vengeance qu'il s'obstine à mener à un moment de sa vie, mais malgré tout plutôt guidé par l'instinct que par la réflexion. Il n'y a pas de morale, juste une vie qui se déroule.
En toile de fond, sont évoqués plus ou moins longuement, les guerres, la grande crise de 29,le ku klux klan, les matches de base-ball, les routes, les espaces à traverser... tout est toujours dur, tendu et la peinture est crue, directe. L'amour n'est pas très tendre non plus.
Je ne saurais pas qualifier ce roman, mais il est passionnant et marquant.. Paul Auster est un écrivain qui tient son lecteur au bout de sa plume et l'emmène ailleurs.

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