22 octobre 2009
A l'irlandaise
Après avoir savouré "L'étoile des mers" l'histoire d'un tueur embarqué sur un navire à destination de l'Amérique pendant la grande famine d'Irlande en 1847, je m'attendais à un roman dans le même style.
Mais dans "A l'irlandaise" paru en 1998 sous le titre original "The salesman" et traduit de l'irlandais par Isabelle D. Philippe en 1999, Joseph O'Connor change complètement d'époque. Cependant, la toile de fond est toujours une page de l'histoire d'Irlande, celle marquée par les années de l'IRA.
L'atmosphère est donc lourde, violente, oppressante, d'autant plus que la longue lettre servant de fil conducteur au récit, décrit pendant une bonne patrie du roman un huis clos intense entre Billy Sweeney et Donal Quinn ; Billy écrit à sa fille qui est dans le coma suite à une agression à laquelle Donal a participé.
Le style concis, dynamique, fait de phrases courtes rend cette histoire vraiment percutante, même si le huis clos semble parfois irréaliste.
D'autres personnages viennent ajouter des histoires parallèles à l'affrontement plein de haine entre les deux hommes, qui donnent une réelle densité à ce roman et finissent par révéler une vérité différente de celle que l'on imagine au début. La fragilité des personnages prisonniers de leurs erreurs et de leur destin apparaît alors, ils sont des marionnettes de leur vie à la recherche du bonheur sans savoir comment s'y prendre, en passant à côté bien souvent.
Pour moi donc un excellent roman qui fait que l'on s'attache à ces perdants.
26 février 2009
La trilogie des elfes
Voilà longtemps que je n'avais pas été pris dans une histoire comme celle-là.
Comme d'habitude, je suis en retard de plusieurs années sur l'actualité littéraire et ma PAL (pour employer le terme consacré utliisé par mes amies bloggeuses pro de la lecture) s'accroît toujours au hasard. Là c'est un bouquin que j'avais acheté l'an dernier, grâce à son titre, l'œil attiré tout d'abord par la couverture exposée sur la table d'un libraire. De fait cette intégrale est parue en mai 2008 et elle regroupe trois romans, Le crépuscule des elfes, La nuit des elfes, L’heure des elfes, écrits par Jean-Louis Fetjaine en1998, 1999 et 2000. C'est dire que cette chronique aurait pu être écrite voilà dix ans...
Ce qui rend ce livre si passionnant c'est l'atmosphère. Si l'on est attiré part l'épopée arthurienne, on trouve là tous les ingrédients qui conviennent pour se plonger dans le moyen âge, à une époque située avant celle si bien illustrée par le film Excalibur. Les connaissances approfondies de l'auteur font merveille et viennent renforcer la magie de cette histoire millénaire en y ajoutant une touche de vérité.
A cette époque les nains, les monstres, les hommes et les elfes se partagent le monde et bien sûr l'instinct de prédateur de l'homme fait des ravages. On assiste à une rupture de l'équilibre entre les peuples et les noms mythiques apparaissent, Uter le Pendragon, Ygraine, Merlin, Morgane, Arthur, Excalibur... La religion du Christ fait disparaître les croyances anciennes et Lliane, la belle et impitoyable reine des elfes, sorcière envoûtante est le symbole de la plus pure des tribus qui va disparaître.
Le style de l'auteur fait mouche, les mots sont là pour créer l'atmosphère, on est dans l'aventure avec les rebondissements. Bref, que du bonheur et un retour douloureux au réel lorsque l'on atteint la dernière page...
22 février 2009
Le cycle d'Elric
J'ai pu découvrir le cycle d'Elric, de Michael Moorcock, un classique de la littérature Fantasy grâce à un ami qui m'a prêté ce coffret regroupant les 7 volumes de la saga :
- Elric des dragons paru en 1972 sous le titre de "Elric of Melniboné" traduit par Daphné Halin,
- La forteresse de la perle, 1989, "The fortress of the pearl", traduction de Gérard Lebec,
- Le navigateur sur les mers du destin, 1976, "The sailor on the seas of fate", traduction de George W. Barlow,
- Elric le nécromancien, 1977, "The weird of the white wolf", traduction de Michel Demuth et Franck Straschitz,
-La sorcière dormante, 1977, "The sleeping Sorceress", traduction de Michel Demuth,
- L'épée noire, 1977, "The Bane of the Black Sword", traduction de Franck Straschitz,
- Stormbringer, 1977, traduction de Franck Straschitz.
Ce cycle, que l'on pourrait appeler les chroniques de l'épée noire est un recueil de nouvelles parues dans la revue Science Fantasy au cours des années 60 (le premier tome comporte une préface de 1967 dans laquelle l'auteur explique en détail la genèse de cette saga).
L'action se situe dans un monde partagé entre la Loi et le Chaos, qui précède la création du monde des Hommes.
L'ensemble des nouvelles est très intéressant, le style est direct, sans fioritures, et l'imagination de l'auteur est vraiment débordante, c'est presque un concentré des univers de la science fiction. Je pense que nombre de scénaristes de films ou d'écrivains se sont nourris de ces pages.
On suit les pérégrinations de ce héros plutôt solitaire armé de son épée Stormbringer qui boit les âmes de ceux qu'elle tue et y puise sa force et celle de son maître, souvent dénué de scrupules, dans ses combats ou ses alliances avec les sorciers, les voleurs de rêves, les guerriers, les peuples décadents, les politiciens assoiffés de pouvoir, les revenants, les dieux, les forces de l'au-delà.... et chaque épisode est rempli de rebondissements.
Pour ma part j'ai préféré deux recueils :
- "le navigateur sur les mers du destin" qui clôt en quelque sorte la première partie de la quête du héros, lorsque celui-ci, à la tête d'une flotte de marchands détruit sa cité de Melniboné pour être finalement trahi par sa propre épée qui tue Cymoril, l'amour de sa vie, puis perdre la bataille, assailli par ses propres dragons, une vraie tragédie,
- "Stormbringer" qui termine la saga, en donnant tout leur sens aux histoires qui la composent et montrent à quel point on a traversé un univers complet, organisé, entièrement né de l'imagination, le "multivers" ; j'avais eu la même impression en lisant la série des "fondation" de Isaac Asimov.
Pour conclure je dirais que cette somme de près de 1500 pages se lit très bien et mérite le temps passé... dans un autre monde ! Un seul regret, mineur, lié à la construction du texte écrit comme une succession de nouvelles (normal puisque ces textes ont été publiés dans une revue), certaines explications sur Elric, sur son épée, sur certains mondes ou personnages reviennent régulièrement et crée une répétiton inutile lorsqu'on parcourt la série d'une traite.
Si vous aimez l'aventure, embarquez vous avec le prince sorcier albinos.
29 janvier 2009
Dans le scriptorium
Un étonnant roman de Paul Auster, plutôt une longue nouvelle dans sa forme, paru en 2006 sous le titre Original Travels in the Scriptorium et en 2007 chez Actes Sud, dans une traduction de Christine Le Bœuf.
Dans ce bouquin l'auteur s'amuse à nous balader dans une histoire bizarre, avec une ambiance à la Kafka dans laquelle le personnage central, Mr Blank, un vieil homme, ne sait pas où il est, ne sait pas d'où il vient, ne se souvient plus que de bribes de son histoire personnelle, ne sait pas nommer les choses de façon certaine (elles sont identifiées par des étiquettes).
J'ai pensé tout d'abord à l'histoire d'un auteur atteint de la maladie d'Alzheimer, mais l'ambiance créée par petites touches avec l'entrée en scène des autres personnages (dont on ne sait rien non plus) est trop décalée pour se limiter à cela, et lorsqu'une deuxième histoire apparaît dans le récit une autre piste s'ouvre pour mener au dénouement qui arrive presque trop brutalement à la fin de la journée.
J'ai beaucoup aimé ce texte, l'ambiance, le ton parfois cru, et le fait que puisqu'on ne sait rien et que c'est étrange on a envie de savoir, on imagine et on se laisse emmener en même temps.
La semaine dernière, la 5 a invité Paul Auster pour son émission La Grande Librairie (vous trouverez un article intéressant sur le blog de Stéphanie Mots en Bouche).
03 janvier 2009
Sous les vents de Neptune
Ce bouquin paru en 2004 aux éditions Viviane Hamy, n'a finalement pas grand chose à voir avec Neptune si ce n'est le trident qui apparaît vite comme l'arme du crime, mais je n'en dirais pas plus pour ne pas dévoiler l'intrigue qui nous emmène bizarrement au Québec, et avec le langage et les mots associés ce qui est un premier plaisir.
Le personnage principal est l'inspecteur Adamsberg qui résoudra l'énigme de sa vie en nous entraînant dans son cheminement très personnel.
J'avais acheté ce roman policier par hasard, et finalement je me suis rendu compte que cette histoire avait été adaptée pour un téléfilm et que l'auteure Fred Vargas avait à son actif un tas de succès. Je n'ai pas regretté cet achat car j'ai passé un bon moment, c'est un récit bien fait, bien écrit et les personnages sont attachants. L'intrigue est retorse à souhait et capte l'attention, seul bémol le personnage de hacker qui arrive à la fin semble un peu invraisemblable et sorti d'on ne sait où... même si l'idée est amusante.
A parcourir les blogs des lecteurs pros comme celui de Amanda (lien 1 & lien 2), je m'aperçois qu'il y a certainement de bons moments à passer avec ce commissaire et avec sa créatrice.
06 décembre 2008
Alice au pays de l'Alzheimer
Voici un commentaire à propos d'un livre de Jacques Boulerice dont j'avais beaucoup apprécié le recueil de petites histoires "Ephémeride", et qui a publié là, en janvier 2008, aux éditions Fides, une histoire bouleversante, pleine d'humanité et d'amour.
En s'appuyant sur des notes prises sur un petit carnet, utilisées pour saisir l'instant et le conserver de façon sûre, l'auteur raconte la fin de vie de sa mère atteinte de la maladie d'Alzheimer, entre septembre 1999 et septembre 2006,le lent cheminement de la maladie, les modifications profondes que cet état apportent dans leurs relations, et en filigrane se trame la réflexion qui évolue au fil du temps sur l'amour dans une famille et la transmission d'une histoire entre générations, la perception que l'on a de ses parents, le vieillissement et les souvenirs, le respect de la personne et la place des vieux daans notre société, la possibilité d'en finir avant d'être complètement hors d'état de décider, le sens profond de l'existence et des choix qu'on y fait.
Le temps, les souvenirs, l'enfance, l'amitié, l'amour... comment est-ce que tout cela s'articule dans une vie et qu'en reste-t-il à la fin.
Bien souvent l'émotion qui vient à la lecture de ce lent récit à l'inéluctable dénouement m'a mené au bord des larmes par la vérité des sentiments et la profondeur de ce qu'ils touchent en nous. J'ai admiré le courage de cette femme qui lutte pour saisir le "fil" de ses pensées et ainsi se raccorcher à la vie, à ce qui a fait sa vie, de son mari, à son fils qu'elle aime jusqu'à son arrière-petite-fille qui est en quelque sorte l'ultime fruit de sa vie de travail et de dévouement.
Je suis resté pantois devant la sincérité de l'écriture, limpide et claire, sans faux-semblants, mais très pudique finalement dans sa façon d'aborder des pensées et des relations aussi intimes.
A mille lieux des romans de convenance dont les auteurs se regardent le nombril et exposent leurs petits bobos de l'égo, voilà une histoire belle et forte qui dit la vérité de l'amour et qui apporte un témoignage poignant sur l'irrémédiable évanouissement de la pensée et des mots amené par cette maladie, et sur la résistance ultime des sentiments les plus profonds.
05 octobre 2008
La forêt des renards pendus
Encore un roman déjanté à la manière de Arto Paasilinna, le récit de destins sans rapport les uns entre les autres de prime abord mais qui finissent par se croiser dans l'errance, la fuite. De ces rencontres improbables racontée avec talent, il sort toujours quelque chose d'étonnant.
Paru en 1983 sous le titre "Hirtettyjen kettujen metsä", il a été traduit par Anne Colin du Terrail pour les éditions Denoël en 1994. On peut voir des extraits du film du même nom, inspiré du roman, tourné en 1986 par Jouko Suikkari sur You tube.
Le premier personnage du roman est Rafael Juntunen, gangster plutôt minable mais qui a réussi à rouler ses complices en les faisant envoyer en prison pour garder le butin, des lingots d'or qu'il a enterrés sous un tas de fumier. A l'annonce de leur sortie de prison, il s'enfuit toujours plus loin jusqu'en Laponie. Là il rencontre Cinq-cents-balles un renardeau qui apparaîtra tout au long du récit et le Major Remes, alcoolique chronique qui se défonce en permanence à l'eau de vie de bigarade et finit par se faire mettre en congé de l'armée. Finalement ces deux hommes aussi dénués de sentiment et de scrupules l'un et l'autre, qui traversent la vie sans vrai but et complètement insensibles à ce qui les entoure vont ensemble recueillir une vieille Skolte de quatre vingt dix ans, Naska Mosnikoff, qui s'est enfuie pour ne pas être emmenée à l'hospice. C'est ce bout de vie à trois qui va leur donner un peu d'humanité.
Les multiples péripéties souvent saugrenues et déconcertantes, égrenées tout au long de l'histoire, rendent la lecture très divertissante et comme dans les autres romans les personnages sont truculents, un régal.
Arto Paasilinna
17 septembre 2008
Tempête sur Douarnenez
On ne trouve plus ce roman de Henri Queffélec paru en 1951 au Mercure de France, que dans cette édition, regroupé avec d'autres sous le titre "histoires de marins".
L'histoire de Louis Marzin, le pêcheur coureur de jupons et de Marie Le Meur, la petite paysanne pauvre arrivée à Douarnenez et devenue sardinière, sert de prétexte à l'auteur pour décrire par le menu la vie rude de cette époque d'avant la première Guerre, les coutumes de la ville et de ses petits mondes, les premiers mouvements sociaux, le pardon. Ce qui est frappant c'est que la ville en elle même est assez peu décrite comme si avant tout elle n'existait que par les gens qui y vivent et par la mer, omniprésente avec ses colères, ses dons aux hommes, ses poissons, ses coquillages, ses paysages.
J'ai trouvé ce livre plus intéressant car j'y ai appris beaucoup de choses, et j'ai beaucoup aimé l'approche très proche des gens et de leurs réactions, les deux personnages centraux de l'histoire sont presque réels.
En revanche j'ai trouvé que parfois les descriptions sont un peu redites et que le passage sur la deuxième tempête essuyée par Louis lorsqu'il s'embarque sur un autre bateau un peu confus, sans arriver à y discerner un effet de style.
En résumé un bon bouquin, recommandable pour les amoureux de la Bretagne, qui nous replonge dans la vie quotidienne des années 1900, un peu la légende de ce port.
12 septembre 2008
Garden of love
Une fois n'est pas coutume, j'ai lu un bouquin qui vient de sortir, qui plus est un bouquin à bandeau. En fait, c'est le libraire excellent des Sablettes (qui malheureusement se prépare à vendre sa boutique laquelle sera certainement remplacée par un "restaurant" rapide plus vendeur auprès des adeptes de la plage) qui a appelé mon attention sur cette nouveauté.
Je lui avais déjà pris un autre opuscule de l'auteur local "Plage des Sablettes, souvenirs d'épaves", une nouvelle illustrée par des photographies de Stéphanie Léonard, paru en 2005 aux éditions Autrement, dans la collection "Noir urbain", lequel m'avait beaucoup plu.
J'ai retrouvé dans le roman l'atmosphère locale de la nouvelle, j'imagine sans peine certaines scènes dans la basse-ville de La Seyne, la grande villa à Sanary. Le personnage central du roman Alexandre Astrid est un flic rongé par son passé, tout comme Ingmar Pehrsson celui de la nouvelle. C'est l'univers de Marcus Malte qui est planté.
Le roman est construit d'une façon sophistiquée, qui conjuguée à un style limpide tient le lecteur en haleine. Cette histoire de meurtre se construit à la manière d'un puzzle dans lequel les personnages apparaissent au travers de la mise en abîme du roman avec un roman déposé anonymement chez le policier. Finalement il y a des meurtres, un coupable, mais ce n'est pas vraiment un roman policier car une fois révélée, l'intrigue apparaît simple. C'est plutôt l'histoire d'une rédemption.
Pour terminer, je dirais que c'est un bon roman, très plaisant, voire captivant. Seul bémol, le fait que le meurtrier comme par enchantement, sache tout, découvre tout de la personnalité des gens qu'ils croise me laisse un peu sur ma faim. C'est un thème très intéressant, mais qui paraît un peu tiré par les cheveux dans le contexte, au milieu de la logique implacable sur laquelle le livre est construit.
10 août 2008
La Fête de Nuit
Un livre paru en 1972 que j'ai eu la chance de trouver chez un bouquiniste. Cet exemplaire avait été dédicacé par l'auteur, Xavier Grall, un poète breton qui a signé là un livre qui m'a beaucoup impressionné par sa force et son écriture.
L'intrigue est simple et sur les pas du barde Arzel nous fait croiser la route de Glenmor et de Jack Kérouac, dans les bistrots du XVème, et curieusement elle est fortement empreinte de la vie de l'auteur, comme une auto biographie, celle d'un journaliste malade, qui a sa Bretagne au cœur, mais dont la fin imaginée diffère de la fin réelle.
La force du livre réside dans la poésie qui surgit à chaque page dans les évocations magnifiques de la Bretagne, dans les descriptions fines des rapports entre une mère à la fierté bretonne et un fils passionné, dévoré par la maladie, angoissé par la mort et révolté par les atteintes à la culture de son pays. L'écriture est puissante pour décrire la vieille servante Jeannie qui a pris possession du manoir familial, ou le désir que Arzel éprouve pour Mona, la femme nue sous son manteau.
C'est aussi un livre à lire pour comprendre les motivations de ceux qui ont pris le chemin de la lutte politique voire armée pour l'indépendance de leur pays.
Un extrait : "Défini par la complainte des talus et la colère des vagues, traînant dans ses veines une paysanne sève barattée de noroits, il avait voulu s'identifier avec son pays contre les temps obscurs de la technique et de l'anonymat."
En filigrane on peut enfin trouver un sujet bien actuel, celui de la destruction progressive par uniformisation économique de toutes les cultures.
Bref, un texte à savourer et à méditer.... et au fait "fête de nuit", c'est "Fest-Noz" avec la traduction.




























